La guerre n’a épargné aucune famille.
La liste est longue. Citons, entre autres, la guerre franco-allemande de 1870, les deux guerres mondiales, l’Algérie, les génocides arménien et rwandais…
Pour celles et ceux qui l’ont éprouvée, la guerre continue de vivre en eux, longtemps après le cessez-le-feu. Hommes, femmes et enfants, chacun en porte des traces physiques et/ou psychiques. Mais dans l’après-guerre s’est installé un silence collectif ; il faut oublier, reconstruire et reprendre sa vie d’avant. La guerre s’avère indicible et inaudible.
Les hommes de retour du front sont devenus des inconnus pour eux-mêmes et pour leur famille. Le corps estropié et la tête altérée. Troubles anxieux, dépression, reviviscences, dissociation, clivage, instabilité émotionnelle… On ne se reconnaît plus, on ne se comprend plus, et on n’en parle pas. Les adultes font ce qu’ils peuvent avec ce mal-être qui les submerge et les rend fragiles et instables. Et les enfants intègrent ces liens d’attachement déséquilibrés.
Nombreux sont celles et ceux qui ressentent la honte d’avoir été impuissant·es face à l’horreur, ou celle d’avoir été contraint·es de commettre des actes qu’ils ou elles réprouvent pour survivre et protéger leur famille. Les rescapés sont parfois pétris de la culpabilité d’être vivants quand tant d’autres sont morts. Et les deuils impossibles de tous ceux qui ne sont pas revenus, dont les corps n’ont pas été retrouvés et que les familles n’ont pas pu enterrer dignement, font aussi partie des blessures invisibles.
Face à la colère, la culpabilité, la honte, l’impuissance internalisés par leurs aïeux, certains descendants pourront à leur tour développer un certain nombre de symptômes, parmi lesquels :
- une tristesse, des peurs et cauchemars sans raison apparente ;
- des troubles du comportement alimentaire comme l’anorexie ;
- des pathologies respiratoires ;
- des empêchements liés à la loyauté familiale et à la dette de vie des survivants ;
- des problématiques autour de l’argent (certaines familles estimant avoir payé leur dû à la collectivité avec leurs proches morts à la guerre) ;
- une phobie administrative (en lien par exemple avec les papiers d’identité comme preuves de sa nationalité pour éviter une arrestation pendant la guerre…).
Pour se réparer, pour ramener de la vie après le chaos, des couples font un bébé, et parfois lui donnent le prénom d’un proche qui n’a pas survécu. Ces enfants, souvent amenés à devenir les parents de leurs parents en souffrance, auront inconsciemment la volonté d’être parfaits, et de ne surtout pas leur causer davantage de problèmes. Par loyauté inconsciente, ils pourront aussi s’interdire d’être heureux.
Dans mon cabinet de thérapie, je constate également les conséquences de la déstabilisation du système familial pendant la guerre. Les pères et maris absents, remplacés par les femmes ; le modèle de cellule familiale et de couple qui faisait jusque-là référence a volé en éclats. Cette modification des places et rôles de chacun est susceptible de laisser des traces dans l’inconscient familial et d’entraîner, aux générations suivantes, des relations conflictuelles, notamment dans les fratries.
Certaines personnes voudront, quant à elles, donner du sens à l’horreur qu’elles ont vécue ou que leurs ascendants ont vécue et le réparer par le choix de leur métier (secteurs de la santé et du social, de la justice…), de leur conjoint ou de leur lieu de vie, ou par un engagement militant et/ou associatif.
Il est possible de se libérer du poids de la guerre en allant à la rencontre du vécu de ses aïeux à ces périodes. Cette démarche consiste à mener des recherches généalogiques (livrets militaires, actes d’état civil), dans ses archives familiales (photos, courriers, journaux intimes, objets, etc.) et, en complément ou à défaut, à essayer de reconstituer la réalité historique (fonds documentaires d’époque, reportages, témoignages, reconstitutions, etc.).
La thérapie transgénérationnelle accompagne, soutient et éclaire ce processus de libération des mémoires traumatiques.
Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à prendre rendez-vous via le formulaire de la rubrique contact de ce site pour en discuter.
