Caroline Delannay-Puleo ● Thérapie transgénérationnelle ● Ateliers d’écriture

C’est ce qu’on appelle le roman familial.

Du côté de la psychanalyse, le roman familial renvoie à cette phase du développement psychique de l’enfant qui prend conscience que ses parents ne sont pas les êtres idéaux qu’il avait fantasmés, et réécrit alors l’histoire de ses origines familiales.

Dans l’approche transgénérationnelle, ce concept désigne plus généralement le ou les récits que les familles construisent sur elles-mêmes et qu’elles se transmettent de génération en génération.

Comme pour l’enfant qui s’imagine d’autres parents, ces nouvelles versions du réel ne relèvent pas d’une volonté de mentir mais d’un enjeu d’autoconservation. Il s’agit d’un moyen de défense et de protection face à une réalité qui semble inacceptable et dont on craint qu’elle remette en cause l’équilibre du clan.  

Les histoires qui constituent le roman familial sont plus ou moins éloignées de la réalité et ne sont pas forcément spectaculaires : un événement passé sous silence, un élément tombé dans l’oubli, une réinterprétation des faits, l’attribution de rôles à certains membres de la famille, ou encore des formules porteuses de valeurs auxquelles chacun doit s’identifier. Le but est de gommer ce qui génère de la honte et/ou de la culpabilité, ou d’accentuer une image positive et valorisante de la famille.

La littérature offre de nombreux exemples. C’est notamment le cas de Laurent Mauvignier qui raconte dans La maison vide le mythe familial autour de l’arrière-grand-père Jules devenu un héros de la guerre 14-18, et dont chaque génération répète à la suivante qu’il a servi de modèle à la sculpture du soldat du monument aux morts du village que la famille a financé. L’auteur questionne également le récit entourant le décès de sa grand-mère Marguerite, « morte d’alcoolisme », dont il pressent, derrière cette formule, une histoire plus complexe.

L’écriture et la thérapie transgénérationnelle sont des outils très intéressants pour explorer les romans familiaux et retrouver davantage de liberté vis-à-vis des transmissions reçues.

Écrire, c’est se réapproprier le récit, recréer du lien entre les événements et leur donner du sens. Avec la thérapie, on mène l’enquête à partir des archives familiales (photos, lettres, journaux intimes, etc.), des documents administratifs (actes de naissance, mariage, décès, livrets militaires) et de l’étude des dates notamment, pour mieux comprendre ce qui a été transmis, oublié, transformé ou passé sous silence par la famille. L’objectif est de confronter ce roman familial aux différentes traces laissées par le réel et d’en proposer une lecture plus nuancée.

Lorsque certains silences peuvent être nommés, que les événements retrouvent leur contexte et que les rôles attribués au fil des générations peuvent être interrogés, il devient plus facile d’écrire sa propre histoire sans rester enfermé dans celles des générations précédentes.

Si vous souhaitez amorcer une réflexion sur ce sujet, voici quelques questions à vous poser :

  • Quels récits familiaux vous ont été transmis ?
  • Y a-t-il un héros ou un mouton noir dans votre famille ?
  • Existe-t-il un sujet dont personne ne parle ou, au contraire, une histoire qui revient sans cesse ?

Comprendre son roman familial ne consiste pas à juger les générations précédentes. C’est apprendre à reconnaître le récit dans lequel nous avons grandi, afin de choisir plus librement celui que nous souhaitons poursuivre et transmettre.